RESEAU SOL(ID)AIRE DES ENERGIES !
Débat problématique énergétique / effet de serre / climat, etc.
CHARBON "PROPRE"

2005
France
Le charbon, un combustible qui reste solide, sauf en France
Libération, 09 août
Grand pourvoyeur d'énergie de la planète, il l'est aussi de gaz à effet de serre.
Par Nicolas CORI:
    Dire que le charbon a une image vieillotte en France est en dessous de la vérité. Depuis que le pays s'est converti au tout-nucléaire dans les années 1970 et que la dernière mine en exploitation a fermé en 2004 en Lorraine, cette forme d'énergie fossile semble reléguée aux livres d'histoire et à la mémoire ouvrière. Mais cette conception française est une exception. Partout dans le monde, et pas seulement dans les pays en développement comme la Chine, le charbon est considéré comme un minerai essentiel pour garantir les besoins en énergie et contribuer au développement économique. «Le charbon est une source d'énergie vitale pour l'avenir», assure John Cameron, un des responsables de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
    Hausse constante. En 2002, ce combustible solide a assuré 23,5% de la demande énergétique mondiale, soit une consommation d'à peu près 4.000 milliards de tonnes. Et elle est en constante augmentation. De 2.900 milliards de tonnes en 1983, elle est passée à 3.460 milliards en 1993, selon le World Coal Institute, un syndicat de producteurs privés. Le charbon est l'énergie la plus utilisée pour produire de l'électricité: selon l'AIE, 40% du courant de la planète est issu d'usines thermiques fonctionnant au charbon, contre 19% pour les centrales à gaz, 16,6% pour les centrales nucléaires et 16,2% pour les barrages hydroélectriques. Les énergies alternatives restent encore négligeables.
    Quant au pétrole, l'«énergie reine» qui influe tant sur la politique étrangère, et dont la hausse des cours préoccupe industriels et politiques, il ne représente en fait que 7% de la consommation électrique mondiale. Cette répartition n'est évidemment pas la même partout, mais elle n'est pas liée au statut, «développé» ou non, d'un pays. Si, en France, le charbon contribue à moins de 5% des besoins en électricité, comparé à un ratio de 80% en Chine, et de 70% en Inde, dans des pays riches, comme aux Etats-Unis, il est encore de 50%. En Australie, il est de 78%, au Canada de 25% et en Allemagne de 40%.
    Les raisons de ce succès? Le charbon est un minerai peu cher à extraire, surtout quand, comme au Canada par exemple, on dispose de mines à ciel ouvert. Et alors que certains experts estiment que le pétrole pourrait connaître un pic de production d'ici vingt ans et se tarir ensuite, les réserves estimées de charbon, au niveau de production actuel, permettent de voir venir encore un bon siècle et demi. Par rapport au pétrole, enfin, ce combustible a l'avantage d'être mieux réparti sur la planète, et dans des zones politiquement moins sensibles: 25 % des réserves se trouvent en Amérique du Nord, 36 % en Europe, et 30 % en Asie-Pacifique.

Inflation
    Les points noirs, eux, sont connus. Comme toutes les énergies fossiles, le charbon est un pourvoyeur important de gaz à effet de serre. A priori à proscrire pour tous les pays qui ont signé le protocole de Kyoto. Mais les industriels, plus optimistes, estiment qu'il est possible d'élaborer des solutions pour capter le CO2 lors de la production d'électricité. Ils ont convaincu le gouvernement américain, qui vient d'allouer plus de 1 milliard de dollars au projet FuturGen. Celui-ci prévoit la construction d'une centrale censée produire, à partir d'un charbon gazéifié, de l'électricité et de l'hydrogène pratiquement sans émission de CO2. Autre inconvénient (pour les pays non-producteurs), son prix de vente a crû ces dernières années. Comme pour les autres minerais et matières premières, la demande de la Chine et de l'Inde entraîne une inflation record. En 2002, une tonne de charbon s'échangeait en moyenne à 31,60 dollars. Il fallait 72 dollars en 2004 pour obtenir la même quantité. De quoi engranger des bénéfices records pour les multinationales minières. Anglo American, l'un des plus gros acteurs du secteur, a réalisé un résultat de 2,7 milliards de dollars en 2004, en hausse de 60%.
    Cette hausse des prix fait réfléchir dans des zones où on pensait, comme en France, le charbon en déclin. En Allemagne, le groupe Deutsche Steinkolhe envisage sérieusement d'ouvrir une nouvelle mine à Donar, dans la Ruhr.