CONTROVERSES ENERG...ETHIQUES !
Energies renouvelables, environnement-écologie, développement...
Documents jugés importants

2010
Les controverses climatiques

octobre
ADIT, http://www.lalibre.be/societe/planete/article/619547/un-climat-de-defiance.html 

Un climat de défiance

Gilles Toussaint

Mis en ligne le 27/10/2010
 
Les controverses climatiques sont au menu d'un colloque coorganisé par l'ULB. Petite revue de la galaxie “sceptique”.
 

    * Edito: Et pourtant, elle chauffe
    * Les rouages de l'horlogerie climatique
    * Les points "chauds"
    * Le blog Planète de Grégoire Comhaire
    * Vers notre dossier Planète

 
Fin novembre 2009, à quelques encâblures du sommet de Copenhague, la nouvelle fait l'effet d'une bombe. La divulgation sur Internet d'une sélection de courriels piratés issus de la Climatic Research Unit de l'université d'East Anglia (Royaume-Uni) laisse en effet penser que ces scientifiques très impliqués dans la recherche sur le changement climatique auraient falsifié des données pour renforcer la thèse d'un réchauffement lié aux activités humaines. Le "Climategate" était né. Dans les faits, la plupart de ces e-mails (dont certains remontent à plus de 10 ans) font référence à des sujets difficilement compréhensibles pour les non-initiés. Qu'importe, l'exégèse de ces messages est livrée clef sur porte par les hackers, rapidement relayés par une série d'organisations climato-sceptiques et de nombreux médias. Leur contenu avait, il est vrai, de quoi interpeller : refus de communiquer des données à leurs détracteurs; obstruction à la prise en compte de certaines études dans le cadre des travaux du Giec... Quelques mois plus tard, la révélation de la présence d'erreurs dans le dernier rapport de cet organisme ne fera d'ailleurs qu'accroître ce climat de défiance.
 
1  Un an après, que reste-t-il de ces accusations ? Rien ou presque. Les scientifiques incriminés ont été lavés des soupçons qui pesaient sur eux au terme de diverses enquêtes; le Giec est appelé à se réformer sans que la validité de son expertise soit fondamentalement remise en cause; les principales académies des sciences de la planète ont réitéré leur confiance dans les conclusions de ces experts. Est-ce à dire qu'il ne s'est rien passé ? Non, ces événements ont mis en évidence l'hostilité qui entoure ce dossier et la tentation dérangeante qui peut en découler de court-circuiter les principes fondamentaux du débat scientifique. Au passage, il convient de s'interroger sur la médiatisation de ces enjeux qui, balançant entre alarmisme et goût de la polémique, n'est pas pour rien dans la rupture de confiance entre une opinion publique déboussolée et ses élites scientifiques.
 
2  La galaxie des sceptiques recouvre diverses motivations idéologiques, économiques, politiques ou personnelles. S'il n'en est plus guère aujourd'hui pour contester la réalité du réchauffement, ceux-ci mettent par contre en doute son caractère anthropogénique. A leurs yeux, les changements climatiques observés s'inscrivent dans le cadre d'un processus naturel et n'auraient rien d'exceptionnel. Cible de leurs critiques, le Giec se voit accusé d'être un organe plus politique que scientifique. Au passage, ils pourfendent le principe du consensus qui régit l'institution onusienne. L'argument climatique ne serait aujourd'hui qu'un habile sésame pour obtenir des crédits de recherche. Dans ce contexte, les thèses conspirationnistes sont à la mode et trouvent avec Internet une formidable caisse de résonance. Le Giec serait ainsi le bras armé d'un petit groupe de scientifiques qui trompent l'opinion publique pour mettre en place un gouvernement mondial ou, dans sa version la plus délirante publiée sur le site Web d'une organisation suprémaciste, le fruit d'un "complot juif". Autre exemple de ces dérives, la publication par le sénateur républicain James Inhofe, figure de proue du climato-scepticisme aux Etats-Unis, d'une liste de 17 climatologues américains (cités dans les e-mails piratés du CRU) qu'il suspecte d'être des criminels. Comme un parfum de chasse aux sorcières... Le ton souvent agressif que l'on retrouve sur les blogs et les forums accompagnant la publication d'articles sur le climat ou encore les messages de menaces reçus ces derniers mois par plusieurs scientifiques australiens et américains sont des symptômes supplémentaires d'une ambiance délétère. Une véritable guérilla qui a inspiré ce commentaire évocateur au magazine "Nature" : "Un combat de rue".
 

suite:
     3  Les racines.  La mouvance sceptique est particulièrement active aux Etats-Unis, où elle a développé une stratégie de communication très élaborée, observe l'historienne des sciences Naomi Oreskes (auteur du livre "Marchands de doute"). Objectif de la manœuvre : entretenir la confusion en exploitant les marges d'incertitude de la science climatique. Selon elle, les racines de ce mouvement remontent à la fin de la guerre froide. Après la chute du mur de Berlin, un groupe de scientifiques conservateurs issus du projet Manhattan et rassemblés autour de l'éminent physicien Frédéric Seitz voit dans la montée en puissance de l'écologie une nouvelle menace, à savoir un mouvement cryptocommuniste qui doit être combattu. En 2004, afin de voir si, comme l'affirment les sceptiques, le consensus sur le réchauffement n'était que de façade, cette chercheuse s'était livrée à un exercice instructif, passant en revue 928 articles traitant du changement climatique global publiés entre 1993 et 2003 dans des revues soumises au processus de révision par les pairs. Résultats des courses : aucune de ces études ne remettait formellement celui-ci en cause. Une foule de "think tanks" dévoués à la cause sceptique ont ainsi vu le jour outre-Atlantique. Parmi ceux-ci, on peut citer le George C. Marshall Institute, le Heartland Institute (qui soutient le Tea Party) ou encore le Science and Environmental Policy Project, autour desquels gravitent des scientifiques comme le physicien Richard Lindzen ou son collègue Fred Singer. Point commun de ces organisations dans lesquelles on voit souvent réapparaître les mêmes noms : elles défendent une idéologie ultralibérale, voire libertarienne, axée sur la primauté du libre marché et une opposition viscérale à une régulation des pouvoirs publics. Le climat n'est pas leur seul dada : les effets des pluies acides, la nature cancérigène de l'amiante ou du tabac figurent également parmi leurs sujets de contestation. Leur lien financier avec des producteurs d'énergie fossile est une autre caractéristique. Entre 1998 et 2005, Exxon a ainsi déboursé 16 millions de dollars pour soutenir des organisations sceptiques et, comme l'a récemment révélé le "Times", continuerait à le faire. Mise à jour en 2005, la campagne de désinformation (calquée sur celle élaborée en son temps par l'industrie du tabac) organisée par cette entreprise avec certaines complicités au sein de l'administration Bush est, à ce titre, édifiante. Dans les mois qui ont précédé le sommet de Copenhague, le financement du lobbying sur le climat par les entreprises américaines a d'ailleurs explosé, selon le Center for Public Integrity. De tels "think tanks" sont également actifs en Europe. C'est par exemple le cas de la Global Warming Policy Foundation, qui compte notamment au sein de son conseil scientifique le Français Vincent Courtillot, proche de l'ancien ministre Claude Allègre. Ces deux géophysiciens ont entamé un bras de fer très médiatique avec la communauté des spécialistes hexagonaux du climat. Ces derniers leur reprochent tout à la fois leurs prises de position sur un sujet hors de leur champ d'expertise, des propos outranciers­ mettant en cause leur probité et, plus grave, de colporter des erreurs manifestes allant jusqu'à des graphiques bidouillés. Sous leur insistance, l'Académie des sciences a récemment organisé un débat sur la question climatique, dont les conclusions devraient être rendues publiques sous peu. Enfin, on pourrait encore citer le statisticien danois Bjorn Lomborg qui, après avoir longtemps proclamé que l'alarmisme climatique était exagéré, semble avoir viré sa cuti. Dans son dernier ouvrage, celui-ci reconnaît désormais l'importance du problème et la nécessité de développer des solutions pour y répondre.
 
Controverses climatiques
     Les polémiques autour des changements climatiques se sont multipliées ces derniers mois. Pour faire le point sur le sujet, l'ULB et Sciences Po Paris organisent conjointement un colloque international ces 27, 28 et 29 octobre 2010. Trois jours de débats auxquels participeront plusieurs orateurs internationaux. Y sera notamment abordée la question des certitudes et incertitudes scientifiques; celle de l'impact de ces controverses sur l'action publique ou encore celle du traitement médiatique du dossier climatique. Ce dernier point fait l'objet d'une table ronde ouverte au public ce mercredi soir à l'ULB (19 h - Auditoire Chavanne):
http://controversesclimatiques.eventbrite.com/

 Débat autour de l'effet de serre!