DEVELOPPEMENT ET TOURISME÷
     Afin de vous aider à redémarrer l'année "d'un bon pied", je vais vous reparler des grandes vacances! Leur préparation (pour ceux qui ont les moyens d'en prendre...) revient presque immanquablement avec son cortège de questions, de "soucis" (où, quand, vais-je changer de voiture, de lingerie, de crème à bronzer?!...) et aussi revenir cette affirmation toujours tenace, pour beaucoup qui vont dans les pays du tiers monde: "tourisme = facteur de développement" exprimée le plus généralement et plus simplement par "ça leur apporte des devises - ça leur donne du boulot,..."; tout en ignorant que si ces affirmations sont vraies elles ne le sont pas dans tous les sens des maux, pardon, des mots!

 Depuis la "dernière" (?) guerre (je dois faire partie de ceux "qui ne savaient pas", pour la Yougoslavie...), le nombre des touristes a augmenté 8 fois plus que la population mondiale. Les chiffres donnent toujours le Bassin méditerranéen grand vainqueur avec 80 millions de touristes par an, mais l'Asie et le Pacifique progressent 3 fois plus vite que la moyenne mondiale et un peu plus du quart va maintenant vers les pays dits en développement (avec une relativisation: la majeure partie est concentrée dans le balnéaire...). Il serait intéressant de répondre au "pourquoi" de ce phénomène mais le peu de place me commande d'essayer de répondre au seul "comment".

 Les années 70 et la Banque mondiale en tête, proclamaient que le "grand" tourisme était l'activité économique miracle procurant, en échange d'un investissement minime, une manne quasiment inépuisable de devises; tous en sont revenus et il se révèle peu à peu, même pour les moins attentifs aux relations Nord-Sud, que les nuisances sont autant morales que matérielles: détérioration du littoral par la multiplicité et donc l'impact des chaînes d'hôtels, l'incitation à la mendicité (ce cri des enfants: "cadeau, cadeau..."), l'obligation de servir "l'homme blanc" en vacances et, de plus en plus, cette scandaleuse prolifération des "sex tours"; à tel point que plusieurs compagnies aériennes occidentales joignent au billet d'avion un avertissement au touriste "en partance" pour l'Extrême Orient!

 Les pays du Sud vivent donc ou plutôt subissent un tourisme géré dans sa quasi-totalité par les firmes des pays développés, la part restant véritablement dans les pays touristiques étant inférieure à 30% et bien sûr aussi, toujours concentrée dans les mêmes mains qui n'ont que de très loin à voir avec les besoins fondamentaux de ces pays. Etant donné que les capitaux disponibles sont très réduits, il faut penser aussi que chaque investissement prend la place d'un autre. Au Togo, l'hôtel "2 février" qui avait coûté 16 milliards de francs CFA (avec 350 emplois créés) aurait pu financer 8000 puits villageois; le renoncement à cette eau signifiant ainsi l'augmentation des coûts de la santé: et quand on sait que 16% de la population avait accès à l'eau courante à proximité...

 Mais le secteur commercial occidental continue de poursuivre, en "bonne" logique, des objectifs de profit indépendants des intérêts locaux; les grands "tours operators" développent ainsi un tourisme "en vase clos" intégrant pour eux-mêmes tous les services car les matériaux de construction et l'équipement hôtelier sont le plus généralement importés. Ne pas se cacher non plus que les touristes ont des habitudes alimentaires et des manières de vivre qui nécessitent des produits occidentaux: boissons surtout mais aussi viandes, lait, savons et produits de toilette, produits de luxe, etc... doivent aussi être importés, ce qui fait que l'argent apporté par le touriste retourne ainsi à son point de départ. Quant aux dollars des touristes qui achètent la monnaie locale au marché noir, ils aboutissent chez les riches qui les mettent à l'abri... à l'étranger! En réalité, seuls les pays possédant une certaine assise économique (agriculture et industrie importantes, système commercial et bancaire élaboré, cadres déjà formés sur place) peuvent tirer profit de l'essor touristique, tels Mexique (quoique depuis le krach de 1996, la situation a bien empiré÷), Maroc, Tunisie ou... Thaïlande.

 Les pays touristiques sont aussi placés devant les problèmes de gestion de leur environnement, en devant réguler le flux des touristes dans le temps et dans l'espace (Venise avant eux en a déjà subi les conséquences...). Ceux de nous qui ont été, sinon interpellés, du moins intéressés par le sommet de Rio, se rappellent sûrement le terme de "développement durable" (souvent mal traduit par "développement soutenable"): il va maintenant s'agir de mettre au point un tourisme durable ou plutôt dans ce cas "soutenable", visant à préserver les ressources pour l'avenir tout en assurant une exploitation économique associant au maximum les potentialités locales et en particulier humaines; mais quels sont ceux qui peuvent participer à cette mise au point, sinon en particulier ceux qui partent? Attention donc que le tourisme ne devienne pas comme la guerre: "une continuation de la politique"÷

Yves Renaud
Sources: Courrier de l'UNESCO, CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) et "Pourquoi sont-ils si pauvres?" de R.Strahm, éd ....