La G@zette Nucléaire sur le Net! 
N°133/134 mars 1994

Interview de Jean-Pierre Morichaud,
Président du Collectif Stop -Melox,
Avignon, le 20 novembre 1993


     Question: La lutte contre le développement du nucléaire est un vieux thème cher aux militants des Verts dont vous êtes. Mais pourquoi surtout le plutonium et particulièrement le MOX?
     J.-P.M.: Les 430 centrales électriques nucléaires exploitées actuellement dans le monde, utilisent comme combustible de l'uranium naturel (enrichi ou non). Pour des raisons de protection des populations et de rentabilité économique, ce nombre diminue constamment. Les stocks d'uranium deviennent donc suffisants, d'autant que vient s'y ajouter l'uranium militaire fortement enrichi, mis sur le marché à la suite des accords USA/URSS de réductions des stocks d'armes nucléaires. Remplacer l'uranium par du plutonium recyclé, comme veulent le faire quelques pays dans le monde, n'a donc plus aucun intérêt économique. Le plutonium est un élément chimique dont la production date de l'ère atomique. Sa fabrication et sa dissémination sont un danger pour l'humanité car il est hautement toxique et, surtout, il facilite considérablement la prolifération de l'arme atomique. Les USA, soucieux de maintenir la paix inter-ethnies dans le monde, veulent éviter cette dissémination du plutonium et ils souhaitent que la France cesse d'y contribuer. Cela aussi doit peser sur les accords du GATT!

     Je vois votre rejet de la filière plutonium, mais pourquoi le MOX en particulier?
     Les trois issues du retraitement du combustible usé, pratiqué actuellement seulement à la Hague et à Sellafield en Angleterre, sont:
     - le recyclage de l'uranium,
     - l'emploi du plutonium dans les RNR (réacteurs à neutrons rapides), comme Superphénix,
     - l'emploi du MOX à la place de l'uranium dans les REP (réacteurs à eau pressurisée).
     Les deux premières voies s'avèrent être aujourd'hui des impasses, principalement à cause de contraintes technologiques excessives. Reste la voie du MOX, pour laquelle Mélox a été décidée. Actuellement le MOX est produit en Belgique; l'usine d'Allemagne est arrêtée par suite d'incidents de pollution par le plutonium. La COGEMA essaye de vendre le MOX là où il y a des REP, hors USA bien sûr, essentiellement en France, en ex-URSS, au Japon, qui veut retraiter lui-même le combustible et produire du MOX, et en Allemagne, qui est partagée. Vous savez que la BERD, participe au financement de la remise en état des réacteurs de l'Est. Nous lui avons écrit en lui demandant d'imposer la non-utilisation du MOX, comme préalable.

     Mais comment continuer à répondre à nos besoins énergétiques sans développer le nucléaire?
     Comme le font presque tous les pays du monde. En France, pour sortir de l'impasse du nucléaire où on nous a engagé, nous proposons, chronologiquement:
     1 - un moratoire sur la construction de nouvelles centrales REP, sur l'utilisation de Superphénix et Phénix, sur la production d'uranium recyclé et de plutonium à la Hague, sur TU5 à Pierrelatte et Mélox à Marcoule.

suite:
     2- A la suite du débat national programmé par le Gouvernement au printemps 94, on adopte comme objectif quelque chose comme le scénario no 6 du projet de l'INESTENE de Pierre Radanne: charbon: 7,5%, pétrole: 38%, gaz naturel: 28%, nucléaire: 9,5%, renouvelables: 17%, économie d'énergie: 35%.
     Donc on fait fonctionner EURODIF avec de l'uranium naturel pour alimenter quelques centrales REP actuelles. On abandonne la production de plutonium et d'uranium recyclé, donc les RNR, le MOX et TU5. La Hague sert à séparer et vitrifier ensemble les actinides, le plutonium et les produits de fission de longue vie pour les stocker. Le personnel du CEA travaille sur les déchets et le démantèlement, les énergies renouvelables et les économies d'électricité. Il y a là de quoi travailler, non?

Réponse du Ministère de l'Industrie
à J.-P. Morichaud, à propos du MOX

     Monsieur,
     Par votre lettre du 10 octobre 1993, vous avez souhaité être plus amplement informé de l'emploi de combustible MOX dans les réacteurs d'EDF.
     Je tiens tout d'abord à vous rappeler que le recyclage de plutonium sous forme de combustible MOX permet d'utiliser au mieux le potentiel énergétique contenu dans le combustible usé. Par ailleurs, ce type de recyclage contribue à la régulation du stock de plutonium, et donc à limiter les risques de prolifération.
     Actuellement, seize réacteurs de type REP 900 MWé sont autorisés par leur décret d'autorisation de création à fonctionner avec du combustible MOX; il s'agit de Saint-Laurent B1 et B2, Dampierre 1, 2, 3 et 4, Gravelines 1, 2, 3 et 4, Blayais 1 et 2, et Tricastin 1, 2, 3 et 4.
     Le réacteur de Chooz A de 320 MWé a fonctionné avec du combustible MOX dès le milieu des années 70; ce réacteur a été définitivement arrêté en 1991; il est en cours de démantèlement.
     Actuellement, six réacteurs de 900 MWé fonctionnent avec du combustible MOX: Saint-Laurent B1 depuis 1987, Saint-Laurent B2 depuis 1988, Gravelines 3 et 4 depuis 1989, Dampierre 1 depuis 1990 et Dampierre 2 depuis 1993. Blayais 2 sera chargé en combustible MOX en 1994. Les autres réacteurs de 900 MWé bénéficiant d'autorisations fonctionneront avec du combustible MOX dans les prochaines années.
     Par ailleurs, je peux vous confirmer que les réacteurs de Saint-Alban ne sont pas autorisés à fonctionner avec du combustible MOX et qu'aucun essai de barreau de MOX n'a été réalisé dans ces réacteurs. En effet leur décret d'autorisation de création ne prévoit pas cette possibilité.
     J'espère que ces éléments de réponse permettront à votre association de contribuer à la clarté de l'information sur l'industrie nucléaire en France et vous prie de croire, Monsieur à l'assurance de mes sentiments distingués.

Olivier VASSEROT
p.19

Industrie, Postes et Télécommunications et Commerce Extérieur

Electricité et gaz
(lignes à haute tension, sécurité, champs électromagnétiques)

     871. - 17 mai 1993. - M. Jean-Pierre Brard attire l'attention de M. le ministre de l'industrie, des postes et télécommunication et du commerce extérieur sur la nécessité d'accroître les recherches sur les risques liés à l'exposition aux champs électriques et magnétiques des lignes à très haute tension. En effet, de nombreux chercheurs, notamment américains, semblent mettre actuellement en évidence de tels risques et l'Office of Technology Assessment du Congrès américain, en 1989, recommandait une limitation préventive de l'exposition des populations aux champs électriques et magnétiques. Un rapport de 1990 de l'agence américaine de protection de l'environnement indiquerait que les essais sur les animaux et les études épidémiologiques sont suggestives d'une relation de cause à effet. Certains Etats américains ont d'ores et déjà légiféré dans ce domaine et imposé des servitudes de passage le long des lignes à très haute tension afin d'éviter la construction d'habitation dans le voisinage immédiat des lignes et d'interdire le passage de lignes à très haute tension trop près des habitations. Il lui demande, en conséquence, si, compte tenu de ces différentes études étrangères, des recherches sont engagées afin de vérifier l'existence d'un risque qui serait occasionné par les champs électromagnétiques, notamment ceux des lignes à très haute tension.
     Réponse. - En ce qui concerne les effets éventuels des champs électrique et magnétique (CEM) engendrés par les lignes électriques, l'lnstitut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a rendu public le 25 février 1993 les résultats de ses travaux portant sur l'examen, l'évaluation
et la synthèse des études épidémiologiques existant sur le sujet, y compris les toutes récentes analyses norvégienne, suédoise et danoise. Le rapport souligne que «tout fait épidémiologique doit être interprété à la lumière de sa plausibilité biologique». Or «les expériences sur l'animal n'ont montré d'effets carcinogènes de l'exposition aux CEM». En conclusion générale, l'INSERM retient que dans l'état actuel des connaissances épidémiologiques, il y a très peu d'arguments pour relier une exposition résidentielle aux champs magnétiques à l'apparition de cancers chez l'adulte ; on ne peut, à ce stade, totalement exclure un effet d'une exposition professionnelle sur l'apparition de leucémies ou de tumeurs du cerveau chez l'adulte, d'une exposition résidentielle sur l'apparition de leucémies chez l'enfant. Cependant, selon les biologistes, les mécanismes qui pourraient expliquer ces effets des champs magnétiques restent encore mal déterminés. Par ailleurs, il subsiste certaines incohérences dans les constatations faites. Notamment, les travailleurs les plus exposés sont les soudeurs, or, ils ne sont pas plus atteints de leucémie que les travailleurs non exposés. Dans l'enquête suédoise, un risque est identifié chez les habitants des maisons individuelles et pas ceux des appartements et la relation dose-effet n'est pas nette. Il est donc nécessaire de poursuivre les recherches. D'autres informations sont attendues des études épidémiologiques en cours, dont celle actctuellement réalisée par l'INSERM, Electricité de France et des entreprises d'électricité canadiennes et qui seront rendues publiques.
Publication du J.O.
suite:
Peyruis, zone radioactive?

     La société Isotopchim exploite depuis 1986 à Ganagobie un laboratoire de chimie utilisant divers isotopes radioactifs. Cette activité qui est dangereuse pour l'environnement a été autorisée par le préfet en 1989. La visite de l'installation avait révélé des irrégularités qui ont été acceptées depuis plus de 4 ans par l'administration parce que l'entreprise envisage de déménager et s'agrandir à Oraison et Peyruis. Quant aux contrôles des rejets radioactifs, ils ne respectent pas la loi sur les installations classées, et ce n'est pas étonnant quand on sait que c'est la société elle-même qui choisit son contrôleur... Alors que l'administration, soit se désintéresse des problèmes sanitaires posés (la DDASS), soit n'a aucun moyen de contrôle effectif (la DRIRE). En plus, les limites françaises de radioactivité admises sont 5 fois supérieures aux limites internationales actuelles.
     Pour Peyruis, Isotopchim n'a pas demandé d'autorisation, mais a obtenu des subventions (875.000 F). Il lui a suffi de déclarer qu'elle utiliserait et stockerait moins de radioactivité
pour ne pas avoir besoin d'autorisation. Et même la préfecture ignore quels isotopes radioactifs seront employés! De ce fait, dans le projet actuel, aucun contrôle ne serait possible, les dangers pour la santé et la pollution radioactive de l'environnernent ne peuvent être maîtrisés.
     A Ganagobie il n'y a pas eu d'opposition, et Isotopchim ne se gêne pas pour utiliser d'autres radioéléments que celui autorisé en 1989. A Oraison, les associations (Qualité de Vie au Pays d'Oraison, UDVN-04, les Verts-04) ont obtenu le blocage du projet par le Tribunal Administratif de Marseille.
     Et à Peyruis? Va-t-on accepter sans réagir des pollutions radioactives incontrôlées?

Contacts: Union Départementale pour la protection de la
Vie, de la Nature et de l'environnement (UDVN-04), 3 rue
Font Neuve, 04190 Les Mées ; Fédération d'Action Régionale
pour l'Environnement (FARE Sud), 04270 Le Poil. Tél
92.34.69.40, 92.35.51.70 et 92.87.85.10.

p.20

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