Abolition
Numéro spécial TNP - Avril 2017

Sortir le TNP de l’impasse
grâce à un traité d’interdiction des armes nucléaires
Luigi Mosca

Le TNP est dans l’impasse, et cela depuis longtemps. Lors de la dernière conférence d’examen, en 2015, ce fut même la paralysie totale, si bien qu’aucun consensus n’a pu être trouvé pour adopter un document final ! Alors que « de bonne foi » les États signataires se sont engagés au désarmement nucléaire «dans un avenir proche »...

Quelles en sont les raisons ? Citons :
1°) le fait que le TNP n’ait pas vraiment réussi à empêcher toute prolifération puisque 4 États n’en font pas partie (Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord) et se sont dotés d’armes nucléaires ;
2°) le fait que les armes nucléaires ne soient pas explicitement déclarées illégales ;
3°) l’article VI du TNP sur le désarmement n’est pas suffisamment contraignant pour pouvoir être efficace.

Or le traité international d’interdiction des armes nucléaires— en train d’être formulé au sein des Nations Unies — aura, entre autres, le rôle de renforcer le TNP en remplissant ses lacunes, comme cela a été largement souligné par les participants à la première session (du 27 au 31 mars 2017) de la conférence de négociations à l’ONU à New York, qui conclura ses travaux le 7 juillet prochain.

En fait, ce traité sera une aide puissante pour les États dotés d’armes nucléaires qui souhaitent sincèrement aboutir à un désarmement nucléaire total par des négociations multilatérales, et cela avant qu’il ne soit trop tard.

Comment la conférence quinquennale de révision du TNP en 2020 devra-t-elle en tenir compte ? C’est la question dont les États membres doivent se préoccuper dès maintenant. Cela devra impérativement avoir des conséquences dans le consensus final malgré les États nucléaires qui refusent toute contrainte pour le désarmement nucléaire.

Comme exprimé par une allégorie très significative proposée par l’ambassadeur du Chili à l’ONU, un traité international d’interdiction des armes nucléaires doit aider les États dotés d’armes nucléaires à sortir du piège « faustien », dans lequel ils sont tombés, où le Faust de Goethe s’était fait avoir par le diable.

L’Otan et la paix ? L’Otan ou la paix ?
Dominique Lalanne

À quoi sert une alliance militaire ? Pendant la guerre froide, l’Otan et le Pacte de Varsovie se sont constitués en alliances militaires pour une possible guerre.

Une guerre nucléaire. L’Otan s’est installée en Europe avec des missiles nucléaires. Tout cela n’est pas conforme au TNP de 1970, mais l’Otan, fondé le 4 avril 1949, a obligé à tolérer cette contradiction. À la fin de la guerre froide, l’URSS dissoute a entraîné la fin du Pacte de Varsovie.

On peut s’interroger sur les raisons qui ont poussé les États- Unis à vouloir conserver l’Otan. Certes il y avait la crainte d’une recomposition de l’URSS à travers la Communauté des États indépendants (CEI), mais principalement l’Otan devenait l’outil de la nouvelle domination totale des États-Unis, chez ses anciens alliés comme chez de nouveaux membres et partenaires. Jeremy Corbyn a eu le courage d’affirmer que, s’il arrivait au pouvoir, le Royaume-Uni ne serait plus membre de l’Otan. Car la paix réside essentiellement dans la gestion des conflits de façon non-guerrière comme cela a très bien été exprimé par Mikhaïl Gorbatchev : « Chacun doit assurer la sécurité de l’autre. »

En 2017, règne-t-il une amnésie collective ? Le temps est loin de la guerre idéologique du communisme contre le capitalisme, mais les guerres ont été nombreuses entre pays ayant des idéologies proches, des religions proches, des économies proches, des intérêts voisins. Préparer la guerre, c’est déjà envisager la guerre.

En 2020 la Conférence d’examen doit affirmer qu’une alliance nucléaire n’est pas compatible avec le TNP.

Note
Abolition des armes nucléaires est la fusion de la Maison de Vigilance (1983) et de Stop essais/Armes nucléaires STOP (1989). AAN est membre d’Abolition 2000 et ICAN. C’est un collectif associatif de militants et d’une vingtaine d’associations françaises (Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, Union pacifiste, Pax Christi, Sortir du nucléaire, Mouvement pour une alternative non-violente , GSIEN...). Parmi ses activités, AAN organise chaque année un jeûne d’interpellation du 6 au 9 août pour commémorer Hiroshima et Nagasaki et exprimer un soutien aux victimes des essais nucléaires.

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